Originaire de Lahore au Pakistan où il réside encore, Ustad Gulam Hassan Shagan est l'un des plus purs représentants du chant classique indopakistanais. Agé aujourd'hui de 74 ans, il s’est fait l’héritier du Bhara-Khayal, la forme la plus profonde du chant hindoustani. Maître Shagan est en effet affilié à l’école de chant de Gwalior, fondée au XVIe siècle dans le Nord de l’Inde et influencée par les cultures turco-persane, arabe et indienne. Mais c’est plus précisément à la gharana, (école de musique) de Kapurthala (petit royaume à l’Est du Penjab) fondée par le maître derviche Saiin Ilyas, qu’Ustad Shagan suit des études de musique.
Se rattachant directement à l’ancien style Dhrupad qui privilégie l’aspect grave et méditatif de la musique, Le chant de Ustad Gulam Hassan Shagan reflète donc la science et la virtuosité transmises au fil des siècles par la longue lignée de musiciens à laquelle il est rattaché. D'une grande simplicité, mais profondément ancré dans la tradition et les croyances religieuses, Ustad Shagan est habité par une perception mystique du khayal. Cette forme de chant, même si elle admet les ornementations les plus sophistiquées, devient, dans la bouche de Gulam Shagan, une incantation prophétique hallucinée. Avec sa technique vocale parfaitement maîtrisée, lui permettant de passer du grave à l’extrême aigu avec facilité et subtilité, il touche les auditeurs au plus profond de l'âme. La pureté de sa voix, son jeu d’accompagnement aux percussions et sa vitalité débordante au service d’une extrême rigueur, font de lui aujourd’hui l’un des plus grands maîtres de chant sous-continent indien.
Sans cesse en quête de la note "juste" comme un point d’orgue de l'Harmonie universelle, sa démarche s'inscrit dans une volonté de dépouillement et d'humilité en hommage au divin. En témoigne cette prière dans laquelle Ustad Shagan s’abîme à l'infini : "Cette vie qui est la mienne, c'est à Ta Bénédiction que je la dois. Seigneur. Qui suis-je pour la mériter ? Le seul mérite en reviens à ton Amour, à Ta Miséricorde Dont tu gratifies les hommes si naturellement".